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L'invention de nos vies

d'après le roman de Karine Tuil, mise en scène de Johanna Boyé




De quoi ça parle ?

Sam Tahar est un businessman accompli. Il a du succès dans ses affaires (en tant qu'avocat), du succès dans ses amours (auprès de sa femme, ou de ses conquêtes plus éphémères), mais il porte le poids d'un secret. Qui est Sam ? Samuel, ou Samir ?



Et alors ?


L'invention de nos vies est en réalité une adaptation, celle d'un roman à succès de Karine Tuil, que j'avoue en toute humilité n'avoir pas lu.

J'ai découvert donc, sans a priori, cette épopée moderne, celle d'un quarantenaire à qui tout sourit, femme, femmes, enfants et associés. Le doute autour de son identité est comme un jeu, mieux, une carte de séduction, un mystère... Une incroyable destinée va se dérouler sous nos yeux, dans un tourbillon de petits évènements anodins, de pieux ou de plus gros mensonges, et de personnages à la poursuite d'un rêve.

Il y a Nina, qui rêve d'un enfant et d'un quotidien plus excitant, et son mari, qui rêve d'une roman à publier. Il y a François, qui rêve de se trouver, et sa mère, qui rêve de ne pas le perdre.

Tous ces rêves s'inscrivent néanmoins dans la réalité d'un train train, à Paris, à New York, sous une kippa ou un foulard, en souffrant de l'absence d'un père, ou tout l'inverse.

C'est à Johanna Boyé et Leslie Menahem que l'on doit l'idée d'adapter à la scène cette histoire aux multiples couches.

Le décor, minimaliste, la lumière, épurée, laissent place à la vie et l'intensité d'une distribution finement choisie, qui multiplie les personnages, les changements de rôles, et constitue le ciment de cette pièce et de l'histoire.

Ils sont tous remarquables : Kévin Rouxel, le frère paumé de banlieue qui rappe sa rebéllion, Nassima Benchicou, l'amour de jeunesse du protagoniste, douce et sensuelle, pour ne citer qu'eux...

Je me dois cependant de dédier un petit paragraphe à Valentin de Carbonnières (Molière de la Révélation masculine en 2019), qui endosse le rôle complexe de Sam Tahar. Complexe par des moeurs douteuses, des choix qu'on ne comprend pas complètement, et qui parvient malgré tout à susciter empathie, compassion, admiration, même. Cette interprétation si juste pourrait peut-être valoir à ce comédien aussi séduisant que talentueux, une nouvelle statuette sous peu...?

A défaut, il est une raison suffisante pour vous rendre au Théâtre Rive Gauche prochainement.